Professeur Yamamoto part à la retraite

Au cinéma le 4 janvier 2023

© Laboratory X

Suite officieuse a priori de Mental (2008) dans lequel Kazuhiro Sôda filmait déjà le professeur émérite au travail, Professeur Yamamoto part à la retraite se distingue par son portrait plus personnel, plus intime, du docteur. C’est d’abord dans sa clinique qu’on le retrouve – ou le rencontre –, en pleine consultation, écoutant, conseillant. Ses mots, ses patients les reçoivent et les appliquent comme un remède. Ils sont leur premier et principal traitement, selon la méthode du médecin, hito-gusuri, c’est-à-dire sa « médecine humaine », formule dont il est l’inventeur.

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Godland

Au cinéma le 21 décembre 2022

© Jour2Fête

Vivement applaudi par une presse enthousiaste au dernier festival de Cannes, Godland s’impose comme une expérience singulière, âpre et saisissante, fascinante et troublante, autant que le périple du prêtre danois Lucas, missionné pour aller construire une église aux confins de l’Islande sauvage. C’est dans une pièce éthérée, sous la lueur faible de fenêtres opaques, que l’on découvre le clerc, à l’écoute de son supérieur qui l’avertit de la lourde et périlleuse tâche à venir. Cernés par les surcadrages, dans un plan long et fixe, les deux garants de la Vérité (au sens divin) apparaissent séparés du monde. À l’écart du réel.

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Bardo, fausse chronique de quelques vérités

Disponible sur Netflix

© Park/Netflix

Depuis The Revenant et les couronnes de lauriers, Iñarritu s’était retiré des plateaux, le temps de prendre du recul et de souffler un peu. C’est par la porte de Netflix qu’il fait son retour très attendu, avec Bardo, fausse chronique de quelques vérités, que le public français n’aura hélas pas l’opportunité de découvrir en salles. Trip onirique, méta et introspectif, Bardo est non seulement le film du retour au cinéma pour l’auteur, mais surtout du retour au Mexique qu’il n’avait pas foulé du pied de sa caméra depuis Amours Chiennes. Ce motif du retour fonde un récit du seuil, de l’interstice, dont témoigne son titre qui évoque l’intervalle bouddhiste entre la mort et la renaissance.

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Kore-eda, à la recherche de la vérité ?

The Third Murder © Toho

Le rapport à l’autre est souvent l’occasion pour les personnages de Kore-eda de faire face à leurs échecs et de tenter de cerner ce qu’on dirait la vérité de ce qu’ils sont. Avant Les Bonnes étoiles, où le trajet de la camionnette accompagne une succession de révélations qui indéfiniment laissent place à une nouvelle incertitude, The Third Murder (2018) et La Vérité (2019) traitaient plus frontalement la question du rapport au vrai et ses thèmes parents, tels que le mensonge, les apparences, le doute, la croyance et le jugement. Alors qu’il est parfois abusivement réduit, sans doute par paresse, à sa portée socio-politique, le cinéma de Kore-eda se pare d’une dimension philosophique certaine, issue d’un regard sceptique sur le monde qui se réfléchit éminemment dans ce diptyque que forment ces deux films, a priori mineurs, et pourtant renversants par leur complexité.

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Fumer fait tousser

Au cinéma le 30 novembre 2022

© Gaumont Distribution

Six mois après Incroyable mais vrai, nous revoilà déjà sur la planète Dupieux. Une escale obligée chaque année, à laquelle on consent, pour peu qu’on soit un fervent zinzinphile, sans bouder son plaisir. Alors devant une bande de couillons en lycra bleu et jaune qui corrige une invraisemblable tortue géante, un casting « de malade[s] » et un rat répugnant version scabreuse de Splinter des Tortues Ninja doublée par Chabat, dur de faire la fine bouche.

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Le Lycéen

Au cinéma le 30 novembre 2022

© Jean Louis Fernandez

« J’aimerais que mon corps prenne toute la place, qu’il soit léger comme une plume ». Ce désir kunderien formulé par Lucas dans Le Lycéen est commun à tous les personnages de Christophe Honoré, chez qui légèreté et gravité, élans du corps et poids des sentiments, soubresauts des sens et tracas de l’esprit, s’entrechoquent.

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Le Souffle au cœur

1971 / Ressortie le 9 novembre 2022

© Malavida

S’il n’est pas le plus connu ni le plus commenté des films de Louis Malle, Le Souffle au cœur apparaît comme une pierre angulaire de sa filmographie. Né d’ un amalgame des souvenirs de son adolescence avec un roman de George Bataille (Ma Mère, 1966), il est aussi l’un de ses plus personnels, et son plus grand scandale. Au comble du vice et de l’outrecuidance, le « gentleman provocateur », aux yeux de nombreux spectateurs d’hier – et certains d’aujourd’hui – achève la mémé déjà mourante dans les orties en ne se contentant pas d’étriller la bourgeoisie, ses habitus, son hypocrisie et son inculture, mais en s’emparant du seul grand tabou universel : l’inceste. Et cela bien sûr, comme toujours chez l’auteur, par-delà bien et mal.

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Festival Lumière 2022

14e édition

© Leah Gallo

Chaque année depuis 2009, dans le berceau du cinéma à Lyon, se tient le festival Lumière. Une grande manifestation étalée sur 9 jours, chapeautée par Thierry Frémaux, directeur de l’Institut qui l’organise, et où l’amour du 7e art est le seul maître mot. Si depuis sa création l’événement déplace des foules de cinéphiles, comme l’atteste une fréquentation qui ne semble pas avoir faibli malgré les stigmates de la crise covid, il attire aussi en masse les artistes de prestige. Ce n’est pas moins d’une quinzaine d’invités de marque (sans compter tous ceux que Frémaux nomme les amis du festival) qui sont venus rencontrer le public pour présenter leur nouveau film, accompagner une rétrospective ou bien donner une Masterclass.

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Eo

Au cinéma le 19 octobre 2022

© Hanway film

Profondément marqué par Au hasard Balthazar devant lequel il aurait versé ses premières et uniques larmes au cinéma, Jerzy Skolimowski en offre en quelque sorte une variation formellement plus lyrique et plastique avec Eo, distinguée par un prix du jury au dernier festival de Cannes. Produire un récit désanthropocentré, adoptant presque entièrement le point de vue d’un âne, avait tout d’un pari audacieux, induisant une somme de contraintes tant sur le plan narratif qu’esthétique, et mettant à l’épreuve sa puissance d’identification.

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L’Innocent

Au cinéma le 12 octobre 2022

© Emmanuelle Firman

Après trois longs métrages charmeurs et charmants mais inégaux, Louis Garrel, que l’on aurait pu craindre de voir ventriloquer le cinéma de son père, aurait-il enfin trouvé sa voie avec L’Innocent ? Ou par voie entendra-t-on sa propre voix d’auteur ? Dans son précédent film La Croisade, on sentait que l’éternel jeune premier du cinéma français amorçait un virage sec dans sa filmographie. Un virage à 180 degrés vers une légèreté désinhibée, quoique dénier la veine comique de L’Homme fidèle serait une bévue.

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