En 1917, dans un petit village du Sénégal, Thierno (Alassane Diong), 17 ans, est recruté de force par l’armée française et envoyé sur le front du Grand Est. Son père, Bakary (Omar Sy), s’enrôle à son tour pour protéger son fils. Reconstitution historique de la Grande Guerre par un angle peu étudié du passé colonial, Tirailleurs de Mathieu Vadepied s’entoure d’une dimension mémorielle en donnant une identité à ces hommes oubliés.
Que ce soit en fiction (Los exiliados románticos, La Reconquista et plus récemment Eva en Août) ou en documentaire (Qui à part nous ?), Jonás Trueba a très vite su dépeindre la jeunesse espagnole du XXIe siècle, ses questionnements moraux, existentiels, amoureux. Venez Voir ajoute une nouvelle pierre à l’édifice, en suivant deux couples d’amis qui se retrouvent après plusieurs mois. Mêmes acteurs, mêmes questionnements, même esthétique solaire : pas de doutes, nous sommes ici en terrain connu, à la croisée des thématiques de Rohmer et de l’économie des films de Hong Sang-Soo. L’auteur compose encore une fois avec un dispositif épuré, en aucun cas tape-à-l’œil, qui se fait observateur de scénettes quotidiennes, où la part entre écriture et improvisation est agréablement floue.
Joyland, c’est ce cabaret au milieu de la ville de Lahore, au Pakistan, un îlot de liberté et de coups bas où les danseuses érotiques se font la guerre pour avoir la meilleure place sur scène. Haider en est loin. Dans sa famille traditionnelle, avec un frère qui travaille, une belle-soeur qui s’occupe de la maison et un patriarche qui surveille l’ensemble, Haider ne semble pas à sa place. Doux, incapable de trancher la gorge d’une bête, c’est lui qui s’occupe des enfants et qui fait la cuisine pendant que sa femme, Mumtaz, travaille.
Héloïse Pelloquet, forte de son expérience de monteuse (Petite Solange, À l’abordage) présente en ce moment au cinéma La passagère, son premier long-métrage en tant que réalisatrice. Dans le film, Cécile de France incarne une femme mariée dont les sentiments et les certitudes seront remis en cause par l’arrivée d’un jeune apprenti pêcheur, interprété par Félix Lefebvre.Nous avons eu la chance de nous entretenir avec cette jeune cinéaste pétillante, ainsi qu’avec le très 2022 couple cinématographique qu’elle a imaginé.
Héloïse, vous avez une formation de monteuse. Réaliser et monter, ce sont finalement deux écritures différentes d’un film. Quel rôle avez-vous occupé dans le montage de ce premier long-métrage ?
Héloïse Pelloquet : Ce sont deux pratiques qui se complètent. Pour moi, le montage est une écriture, différente de celle du scénario, différente de celle du tournage, mais néanmoins l’une des dernières écritures du film. Forcément, je pense beaucoup au montage puisque c’est le moment où le film se sculpte. Sur La Passagère, c’est Clémence Diard qui était monteuse. J’avais toute confiance en elle et je l’ai laissée travailler. J’étais présente, mais pas plus que si je n’étais pas monteuse.
Dans quelle mesure le montage vous influence-t-il déjà lors de l’écriture ?Avez-vous toujours voulu réaliser des longs-métrages ou est-ce venu au cours de votre carrière de monteuse ?
De son premier (Kicking & Screaming) jusqu’à son dernier film (Marriage Story), modestie et délicatesse sont les maîtres-mots de Noah Baumbach. Son cinéma fait la part belle aux différents points de vue et à la banalité du quotidien pour mieux cerner la chaleureuse humanité de ses héros et héroïnes. Il est donc surprenant de voir le jeune Américain revenir sous la tutelle de Netflix avec White Noise, long-métrage au budget conséquent de 80 millions de $ – soit quatre fois supérieur à son précédent – adapté du roman éponyme de Don DeLillo.
Après Trois Billboards, les panneaux de la vengeance, Martin McDonagh revient avec une nouvelle comédie noire. Mais cette fois, retour aux sources pour le cinéaste : Les Banshees d’Inisherin se déroule en Irlande.
Avec son premier long-métrage, Héloïse Pelloquet poursuit son exploration des amours contrariées. Chiara pêche aux côtés de son mari, Maxence est leur apprenti ; elle est charismatique et taquine, il a le charme et la répartie d’un jeune bourgeois. De cette relation déséquilibrée émerge une aventure amoureuse et sexuelle intense lorsque le mari de Chiara s’absente pour quelques jours.
Finie l’atmosphère automnale de À couteaux tirés et la fausse chaleur de sa grande demeure familiale, Benoit Blancse frotte désormais à la chaleur estivale et aux faux-semblants des super-riches, sur une île paradisiaque tenue par un magnat multimilliardaire. Plus exubérant et énergique que le premier film, déjà réalisé par Rian Johnson, Glass Onion embrasse les excès de ce nouveau cadre pour mieux exposer son ridicule. Dialogues outranciers, kitsch assumé, jeu de non-dits, name-dropping abusif : Johnson s’en donne à cœur joie et fustige, davantage que son prédécesseur, la superficialité de cette élite autoproclamée, paradoxalement emprisonnée dans l’entre-soi qu’elle a bâtie.
Quoi de mieux que la montagne, lieu aux mille reliefs, aussi reclus qu’ouvert sur le monde, pour incarner à l’écran le décor d’une amitié forte et tortueuse, s’écoulant sur plus de vingt ans ? Adaptée du livre Les Huit Montagnes de Paolo Cognetti, cette idée ambitieuse offre à Felix Van Groeningen, co-réalisant pour la première fois avec sa compagne Charlotte Vandermeersch, l’occasion de déplacer son genre de prédilection – le mélodrame – dans le cadre idyllique des Alpes italiennes.
Entre la bande-dessinée franco-belge et le thriller hitchcockien, Nicolas Pariser crée avec Le Parfum Vert un mélange étonnant de divertissement et d’audace, d’espionnage pictural et d’inspiration rohmerienne. Nous avons eu le plaisir de le rencontrer avant la sortie de son troisième long-métrage, à l’affiche partagée par Vincent Lacoste et Sandrine Kiderlain.
Après Le Grand Jeu et Alice et le maire, plus tournés sur une exploration méthodique des milieux politiques, vous voici le réalisateur d’un thriller aventureux fortement inspiré de Tintin. Qu’est-ce qui a motivé un tel changement ?
Je n’avais pas envie de me répéter. Lorsqu’on fait quelque chose au cinéma, on reçoit ensuite plusieurs propositions dans le même style. On m’a proposé de faire des films sur des ministres ou des députés, ce qui ne m’intéressait pas. Il y avait comme un malentendu : le monde politique ne me passionne pas en soi. Je ne m’intéresse qu’à certains sujets politiques, mais pas dans leur généralité. J’ai alors essayé de sortir de cette impasse, et c’est à ce moment que je relisais Tintin et revoyais des films d’Alfred Hitchcock des années 30. J’y ai relevé une certaine parenté qui m’avait donné envie de faire du cinéma quand j’étais plus jeune. J’ai alors eu envie de réaliser un film dans cette veine, sans tomber dans la copie ou le pastiche. De la même manière qu’on parle aujourd’hui d’une « comédie musicale contemporaine », je me suis demandé si je pouvais réaliser une comédie d’espionnage contemporaine.
Pourtant, même dans ce film, la politique reste importante : les personnages discutant entre autres de l’identité européenne et de la gauche. Pour vous, toute œuvre doit-elle nécessairement s’approprier un questionnement politique, même s’il est relégué au second plan ?
Je ne peux pas m’en empêcher. Je dois aussi avouer que la moitié des discussions que j’ai avec mes amis portent sur la politique. Il me semble qu’à un moment donné, plus jeune, je parlais beaucoup de films ou de livres avec mes amis, mais c’était éreintant. Lorsqu’on était en désaccord, il fallait utiliser des arguments et le ton montait. À l’inverse, je ne me suis jamais disputé en discutant de politique, même en cas de différend. De plus, lorsqu’on parle de littérature ou de cinéma —malgré quelques exceptions—, cela sonne faux et je suis comme embarrassé. Soit les gens racontent des bêtises, soit la discussion est très érudite et donne une impression d’entre-soi. À l’inverse, puisque tout le monde parle de politique, tout le monde dit des bêtises. Qui n’a jamais vu des films de Dreyer ne peut en parler, alors que les discussions politiques ont quelque chose de démocratique. Quand bien même mes personnages se perdent dans leurs débats, cela rejoint la réalité où tout le monde a le droit de raconter ce qu’il veut sur n’importe quel sujet.
Les personnages de votre film sont très représentatifs : leur apparence, leur manière de se déplacer. Vous dites que Tintin vous a beaucoup inspiré, comment avez-vous ensuite choisi des acteurs pour correspondre aux personnages de l’œuvre d’Hergé ?