Rencontre avec Koji Fukada

Festival de Cannes 2026

© Culture aux Trousses

Cette année, c’est la première fois depuis 25 ans que trois cinéastes japonais sont en compétition pour la Palme d’or au Festival de Cannes. Que représente pour vous cette présence exceptionnelle du cinéma japonais ? De quoi cette triple sélection nippone en compétition témoigne-t-elle ?  

C’est évidemment une grande joie d’être sélectionnée à Cannes. Mais dans les grands festivals internationaux, une sélection relève aussi d’une forme de conjonction entre le hasard et le bon moment. Que ce soit Hirokazu Kore-eda, Ryūsuke Hamaguchi ou moi-même, nous avons déjà eu l’occasion de faire nos preuves auparavant. Cette présence importante du cinéma japonais en compétition témoigne sans doute de cette rencontre entre des trajectoires individuelles.

Le cinéma japonais est porté par une histoire extrêmement riche, par une tradition et un âge d’or dont nous sommes, d’une certaine manière, les héritiers. Kore-eda et Hamaguchi incarnent eux aussi cet héritage tout en l’inscrivant dans une continuité contemporaine. Quant à notre place dans l’industrie, il est vrai que nous appartenons probablement à un même milieu de cinéastes dont les œuvres circulent régulièrement dans les grands festivals internationaux. Si nous partageons peut-être une sensibilité commune, nos films demeurent profondément différents et chacun de nos films possède son langage, son rythme et son regard propre. 

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Teenage sex and death at Camp Miasma

Festival de Cannes 2026

© Festival de Cannes 2026

Avec son nouveau film, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun poursuit et approfondit le geste esthétique et politique amorcé dans We’re All Going to the World’s Fair puis dans I Saw the TV Glow en faisant du cinéma le genre le lieu d’une archéologie intime des identités queer, des images qui les façonnent et des formes contemporaines de dissociation. Mais là où ses précédents films baignaient encore dans une mélancolie numérique presque spectrale, Camp Miasma ouvre un territoire plus sensuel, plus impur et plus incarné. Un slasher fiévreux et nocturne traversé autant par l’effroi que par le désir. 

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La Frappe

Festival de Cannes 2026

© Ad Vitam

La Frappe. C’est le titre du premier long-métrage de Julien Gaspar-Oliveri, et la sensation qu’on a en le voyant. Un coup sec, maîtrisé, efficace. 

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Histoires parallèles

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Carole Bethuel

« Et ce roman de merde, là, tu veux savoir ce que j’en pense ? » Au sortir du visionnage d’Histoires parallèles, nous pourrions être tentés de reprendre à notre compte cette invective que Théo (Pierre Niney) adresse à Adam (Adam Bessa). Le dit « roman de merde », c’est celui de Sylvie (Isabelle Huppert), une autrice en bout de course qui a imaginé la vie de ses voisins en les espionnant avec un télescope, comme le faisait James Stewart dans Fenêtre sur cour. Depuis son appartement du Boulevard Saint-Martin, cette version wish de Marguerite Duras (avec la verve, les clopes, l’alcool et tutti quanti) fait des trois bruiteurs qui travaillent en face les personnages d’un roman censé être dramatique et sulfureux. Comme l’annonce (pas très) subtilement le titre, deux histoires se jouent parallèlement et successivement dans le film : celle qui appartient à la fiction et celle qui appartient au réel. Entre elles deux, un fossé – ou plutôt un boulevard – bientôt comblé par l’intervention d’Adam, le nouvel assistant de l’écrivaine, qui prend le roman de celle-ci pour la réalité et développe une fascination inquiétante pour Nita (Virginie Efira).

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La Vénus électrique

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Les Films Pelléas

Sur fond d’affiches de cirque s’ouvre le générique de La Vénus électrique, dont on comprend d’emblée le choix de sa sélection pour amorcer le Festival de Cannes, 79e du nom. Un film qui affiche sa théâtralité, qui débute sur tréteaux et qui s’y terminera, où l’artifice, le trucage et les formes narratives agissent dramatiquement. Et agissent le réel. Fonction ennoblie du mensonge qu’affectionne Pierre Salvadori, très au courant – ce qui n’est pas pour déplaire – des ressorts de la comédie, mais surtout du théâtre comique, peuplé d’imposteurs, de Molière à Marivaux. C’est à ce dernier qu’on pense ici infailliblement, qui concevait le théâtre comme une machine à révéler les êtres. Presque du Marivaux donc, au milieu d’autres références plus ou moins digérées, entre Shakespeare (Roméo et Juliette) et la scène du drap-rempart érotiquement chargé de New York-Miami (Franck Capra, 1934). Marivaux moins la finesse, fluctuante au gré du film. Moins surtout la profondeur morale.

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Quelques jours à Nagi

Festival de Cannes 2026

© 2026 Nagi Notes Film Partners / Survivance / Momo Film Co.


Dans son précédent long-métrage Love on Trial, Koji Fukada mettait en scène des idoles japonaises contraintes, par contrat, de réprimer leurs émotions sous peine de perdre leur statut. Il semble que cette charte, Koji Fukada se la soit lui-même imposer dans sa nouvelle réalisation tant le moindre frémissement sentimental y est aussitôt étouffé, contenu dans une mise en scène qui refuse obstinément toute effusion et préfère distiller les effets mélodramatiques çà et là, par petites touches sensibles.

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Aller – retour

Festival / Cinéma du réel

© Damien Cattinari, AVRIL FILMS

Aller au cinéma, c’est retourner en enfance, a pu dire, ici ou là, Serge Daney. Ou plus précisément, c’est constater ce qui persiste en nous, le reste qui s’est évaporé ; retrouver le sentiment de découverte et d’apprentissage. Un perpétuel aller-retour donc, un échange entre son passé et son présent. D’aller et de retour, il fut beaucoup question dans cette 48ème édition du Cinéma du réel.

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Laurent dans le vent

Actuellement au cinéma

© Mabel Films

Dans leur premier long-métrage Mourir à Ibiza, le trio de cinéastes que forment Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon, convoquait la figure d’Éric Rohmer à travers un conte estival en trois actes, prenant pour point de départ la rencontre contrariée entre Léna et son compagnon de voyage. Avec Laurent dans le vent, leur second film présenté dans la sélection de l’ACID, les réalisateurs délaissent l’esthétique lo-fi de leur premier film et bénéficient d’une production plus aboutie pour explorer avec un regard plus inspiré les aspirations d’une jeunesse en marge, en quête d’une utopie opposée aux injonctions contemporaines.  

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La rumeur

San Sebastián International Film Festival 2025

© 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. 

Lorsque Lillian Hellman, à qui le festival de San Sebastián dédie une rétrospective, écrit La rumeur, représenter ou faire allusion à l’homosexualité sur scène est illégal dans l’État de New York. Le réception critique et publique de sa pièce lui permet de braver cette interdiction et de monter l’œuvre à Broadway. En 1936, William Wyler en tourne une version. Mais sous le Code Hays, l’objet de la rumeur (l’homosexualité des deux professeures) est transformée en tromperie hétérosexuelle. C’est seulement en 1961 que Wyler pourra réaliser une nouvelle adaptation et un remake de son propre film, reprenant cette fois les thèmes originels de l’œuvre d’Hellman. 

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Nuremberg

Actuellement au cinéma

© Scott Garfield

Dans Nuremberg, James Vanderbilt retrace les événements qui mènent au procès historique. Ce qui intéresse principalement le cinéaste ce sont les échanges (fictifs) entre les prisonniers nazis et un psychiatre envoyé par l’armée américaine pour étudier leur comportement et éviter toute tentative de suicide. Un programme alléchant que Nuremberg réduit rapidement et efficacement à néant. 

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