Rencontre avec Hirokazu Kore-eda

Festival de Cannes 2026

© Culture aux Trousses

La musique occupe une place essentielle dans vos films, avec des collaborations marquantes auprès de compositeurs tels que Sakamoto, Hosono, et maintenant Yūta Bandōh. Dans ce récit en particulier, elle semble avoir une dimension presque mystique car elle charge le récit d’une dimension profondément humaine en contrepoint de l’artificialité des relations. Comment choisissez-vous vos collaborateurs musicaux, et comment s’organise ensuite votre travail avec eux ? 

Il est vrai que mon cinéma contient beaucoup d’émotion mais celle-ci ne s’y exprime pas toujours de manière frontale. Dans Sheep in the box la musique joue un rôle essentiel qui vient parfois porter, parfois même révéler, une charge affective que l’image retient volontairement. Avec Bandōh il s’agissait d’une nouvelle collaboration qui s’est amorcée sur mon précédent film. Pour son jeune âge, il a déjà un parcours très riche avec une écriture musicale qui circule entre plusieurs territoires : la musique publicitaire, les orchestrations classiques, les bandes originales de cinéma, mais aussi des compositions plus expérimentales ou minimalistes. J’ai souhaité travailler avec lui précisément pour ce sens des contrastes et de la souplesse. Nous avons donc commencé à échanger très tôt. Je lui envoyais les premiers montages, même encore fragmentaires. À partir de ces images, il composait des propositions musicales qu’il me faisait parvenir. C’est ainsi que s’est construite progressivement la bande originale, dans un dialogue continu au fil de la fabrication du film.

Continuer à lire … « Rencontre avec Hirokazu Kore-eda »

Paper Tiger

Festival de Cannes 2026

© SND

À l’image du personnage de Scarlett Johansson, soudain aveuglé par un éclat de soleil jusqu’à provoquer l’accident, James Gray semble ici ébloui par la lumière même de son propre cinéma. Non plus cette clarté qui révélait les failles morales de ses personnages, mais une lueur rétrospective tournée vers ses propres images, ses propres mythes, ses propres ruines. De cet aveuglement ne naît pas un accident, seulement quelque chose de plus insidieux, un film qui avance comme s’il connaissait déjà chacun de ses mouvements, engoncé dans une trajectoire trop balisée pour encore dévier vers l’inconnu. Tout est encore là : la fraternité sacrificielle, les spectres du Nouvel Hollywood, la violence comme maladie héréditaire du rêve américain, mais tout semble désormais rejoué depuis un lieu muséal. 

Continuer à lire … « Paper Tiger »

Du fioul dans les artères

Festival de Cannes 2026

© Pan Distribution

Du fioul dans les artères nous invite à voyager d’autoroute en autoroute, d’entrepôt en entrepôt, de cabine en cabine. La caméra de Pierre LeGall est toujours en mouvement : soit portée, lorsqu’elle suit les personnages à pied, soit sous forme de travellings quand elle observe les chargements ou qu’elle remonte la route à côté des camions. Cette mouvance constante, qui peut décontenancer au début – elle provoque comme un léger mal de cœur en transport – prend une tournure routinière pour le spectateur. La caméra devient son véhicule, à l’image des allers-retours quotidiens des personnages. Le format choisit – le scope – donne aussi cette impulsion du mouvement latéral ; nos yeux se promènent de gauche à droite, de droite à gauche. Mais pour aller où ?

Continuer à lire … « Du fioul dans les artères »

Shana

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Une voix-off, étrangement amicale et familière, parsème Shana de ses commentaires. La voix est d’Eva Huault, Shana dans le film, et narre certains des événements que nous voyons – y ajoutant des remarques personnelles et des traits d’humeur. S’adressant à nous comme une amie qui nous raconte une histoire, le franc-parler du personnage s’y retrouve. Mais cette voix-off fait davantage que de nous placer dans la confidence, elle cherche à créer un effet de réel. Shana, le film, est ponctué de toutes parts de ces effets. Lila Pinell vient du documentaire. Elle y a fait ses classes et y a rencontré, en chemin, Eva Huault. De là est né le personnage de Shana – prolongement de l’actrice et de la cinéaste – déjà au centre du Roi David (précédent film de la réalisatrice), moins riche en ornements scénaristiques, plus sec et, en cela, peut-être plus intéressant.

Continuer à lire … « Shana »

Rencontre avec Koji Fukada

Festival de Cannes 2026

© Culture aux Trousses

Cette année, c’est la première fois depuis 25 ans que trois cinéastes japonais sont en compétition pour la Palme d’or au Festival de Cannes. Que représente pour vous cette présence exceptionnelle du cinéma japonais ? De quoi cette triple sélection nippone en compétition témoigne-t-elle ?  

C’est évidemment une grande joie d’être sélectionnée à Cannes. Mais dans les grands festivals internationaux, une sélection relève aussi d’une forme de conjonction entre le hasard et le bon moment. Que ce soit Hirokazu Kore-eda, Ryūsuke Hamaguchi ou moi-même, nous avons déjà eu l’occasion de faire nos preuves auparavant. Cette présence importante du cinéma japonais en compétition témoigne sans doute de cette rencontre entre des trajectoires individuelles.

Le cinéma japonais est porté par une histoire extrêmement riche, par une tradition et un âge d’or dont nous sommes, d’une certaine manière, les héritiers. Kore-eda et Hamaguchi incarnent eux aussi cet héritage tout en l’inscrivant dans une continuité contemporaine. Quant à notre place dans l’industrie, il est vrai que nous appartenons probablement à un même milieu de cinéastes dont les œuvres circulent régulièrement dans les grands festivals internationaux. Si nous partageons peut-être une sensibilité commune, nos films demeurent profondément différents et chacun de nos films possède son langage, son rythme et son regard propre. 

Continuer à lire … « Rencontre avec Koji Fukada »

Teenage sex and death at Camp Miasma

Festival de Cannes 2026

© Festival de Cannes 2026

Avec son nouveau film, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun poursuit et approfondit le geste esthétique et politique amorcé dans We’re All Going to the World’s Fair puis dans I Saw the TV Glow en faisant du cinéma le genre le lieu d’une archéologie intime des identités queer, des images qui les façonnent et des formes contemporaines de dissociation. Mais là où ses précédents films baignaient encore dans une mélancolie numérique presque spectrale, Camp Miasma ouvre un territoire plus sensuel, plus impur et plus incarné. Un slasher fiévreux et nocturne traversé autant par l’effroi que par le désir. 

Continuer à lire … « Teenage sex and death at Camp Miasma »

La Frappe

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

La Frappe. C’est le titre du premier long-métrage de Julien Gaspar-Oliveri, et la sensation qu’on a en le voyant. Un coup sec, maîtrisé, efficace. 

Continuer à lire … « La Frappe »

Quelques jours à Nagi

Festival de Cannes 2026

© 2026 Nagi Notes Film Partners / Survivance / Momo Film Co.


Dans son précédent long-métrage Love on Trial, Koji Fukada mettait en scène des idoles japonaises contraintes, par contrat, de réprimer leurs émotions sous peine de perdre leur statut. Il semble que cette charte, Koji Fukada se la soit lui-même imposer dans sa nouvelle réalisation tant le moindre frémissement sentimental y est aussitôt étouffé, contenu dans une mise en scène qui refuse obstinément toute effusion et préfère distiller les effets mélodramatiques çà et là, par petites touches sensibles.

Continuer à lire … « Quelques jours à Nagi »